Texte

S’articulant autour du formalisme de l’abstraction géométrique et de l’ornementation, mon travail cherche à créer une esthétique du vivant. Il s’agit d’un ornement boulimique, qui par sa nature géométrique ou organique contamine toute l’œuvre, la dévore, comme un matériau vivant. Le caractère envahissant, exubérant de mon travail n’est pas à démontrer : il s’exprime très clairement, rappelant de manière évidente les enchevêtrements complexes de la nature, les univers bigarrés et bruyants des marchés et des carnavals du monde entier.

Mon travail mélange un grand nombre de matériaux qui ajoutent une grammaire ornementale complémentaire, complexifiant et contrariant celle déjà présente sur le tissu du fond, le WAX, créant ainsi plusieurs niveaux de lecture. Broderies anciennes de mon arrière-grand-mère, de ma grand mère ou broderies personnelles, canevas, dentelles, coquillages emmaillotés, miroirs cousus sont autant d’éléments empruntés à l’artisanat domestique, ou au gré de mes collectes. L’hétérogénéité du vocabulaire dans mon travail est similaire à un chaos d’éléments qui s’organisent ensemble jusqu’à l’abstraire. Les formes sont figées, leurs matières hétérogènes mais, en même temps, leur imbrication les rend vivantes, faisant coexister ordre et désordre.

A l’origine, vont se poser successivement des réflexions autour de la démocratisation de l’art, de la faible visibilité des femmes dans la société et plus largement des minorités, d’un goût prononcé pour la virtuosité de l’artisanat populaire et domestique pourtant plutôt exclu de l’approche formaliste artistique et en même temps autour d’une envie de rendre compte dans mon travail d’une force de vie débordante, d’une énergie vitale exacerbée, d’un optimisme contagieux capable de dépasser tous ces clivages. Un travail formel mais suffisamment subversif pour pratiquer une micro résistance culturelle, sociale et esthétique.

Dans ce travail, qui se veut joyeux et optimiste en réponse à un monde parfois désenchanté, l’ornement, par le motif et sa répétition, compose, abstrait et, par son histoire, convoque la figure féminine par excellence. L’éclatement des couleurs et des formes est un bonheur visuel simple mais fort créé par une complexité et une richesse ornementale lui donnant toute son énergie. C’est l’objet de mes premiers questionnements formels : l’ornement ne pourrait-il pas me fournir une réponse esthétique à un désir de figurer une force de vie, une expérience vitale ? Le deuxième questionnement concerne le contenu personnel et féminin de mon travail – en convoquant l’ornement ET le textile ET la broderie- qui me permet d’unir un univers formel et un univers vernaculaire. Processus à voir non seulement comme un hommage mais aussi comme un engagement populaire, féministe, ancré très profondément dans la vie et reposant la question de l’usage subversif de l’ornement.

Métissé, prenant source dans des territoires proches et lointains, réels et imaginaires, clin d’oeil à des époques révolues mon travail est aussi un contre-pied à l’instantanéité et à la course effrénée du monde, un aller retour entre passé et avenir, une pause joyeuse dans laquelle j’invite chacun à se perdre.

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